L'expérience Shasta (partie 2)



(Pour lire la partie 1, c'est ICI)

Je t'invite à tenir ton tambour près de toi si tu en as un.


Étant introvertie, tu n'imagines pas (ou tu sais exactement) à quel point intégrer un groupe et parler à des gens que je ne connais pas est difficile pour moi. J'avais donc le choix de rester dans mon char et d'y passer la nuit, juste heureuse d'avoir un spot pour dormir, ou de me greffer au groupe. Honnêtement, je ne pouvais pas ne pas y aller, je savais que je l'aurais regretté.


J'ai entendu la voix de ma prof de drum dire que tu peux être n'importe où dans le monde, pas besoin de savoir parler une autre langue ni de connaître des gens, tout ce dont tu as besoin, c'est d'un tambour, et tout de suite, tu trouves une communauté. Alors j'ai laissé la magie du tambour opérer. J'ai sorti mon Grand Bison avec l'intention d'en jouer pour la première fois depuis mon départ du Canada. Grand Bison, c'est le tambour qui m'a appelée, que j'ai vu et entendu, avant même de savoir qu'il existait dans le monde matériel, haha!

J'ai installé Grand Bison à l'entrée du cercle. J'ai pas vraiment eu à intégrer le cercle, tu auras compris. C'est un peu comme si le tambour m'avait présentée à tout le monde, comme si tous voulaient savoir qui était la personne qui l'accompagnait. Et tout bonnement comme ça, je faisais partie de la gang. Ce tambour-là m'a déjà dit qu'il ne m'appartenait pas. Il est en fait le tambour que je porte où il est nécessaire qu'il aille. C'est le tambour de la communauté dans laquelle je me trouve. Les bâtons sont toujours disponibles pour quiconque veut en jouer.


Deux personnes se sont désignées comme les gardiens du feu, et tout le long de la soirée, les deux hommes l'ont alimenté avec le plus grand des respects. Ils apportaient des bouts de bois que la forêt dans laquelle nous nous trouvions avait offerts, les présentaient au feu en faisant une révérence subtile en guise de remerciement à l'élément qui nous avait réunis en cercle autour de lui.


[Si tu as un tambour, je t'invite à le prendre. Sinon, mets ta main sur ton coeur, et suis le rythme]

Le gars qui hostait le cercle est venu à ma rencontre et m'a demandé s'il pouvait jouer, en me disant qu'il ne voulait surtout pas me manquer de respect, parce qu'il pourrait jouer aussi longtemps qu'on le laisserait jouer. Il a pris les bâton et... BOM, BOM. Le cercle de parole a commencé. Une femme d'une force incroyable a ouvert le cercle, BOM, BOM, et a remis la plume qui servait de bâton de parole à la première personne à parler. BOM, BOM. Un jeune homme d'à peine 19 ans, qui a reçu un diagnostic de cancer incurable il y a quelques mois, BOM, BOM, et qui a décidé de vivre chaque jour comme si c'était le dernier, BOM, BOM. Un jeune homme qui se lève chaque matin en remerciant son corps, BOM, BOM, de lui permettre encore des backflips dans la rivière et d'être encore en vie. BOM, BOM, et qui a simplement laissé parler son coeur. BOM, BOM. J'ai pris la parole après lui. Nous nous sommes rejoints au milieu du cercle, BOM, BOM, il m'a remis la plume et on s'est serrés dans nos bras, BOM, BOM... BOM, BOM. C'était seulement quelques secondes qui ont eu l'effet d'une éternité, tant la puissance de ses mots et de l'échange énergétique qu'on était en train de vivre était forts. BOM, BOM.


Prendre la parole ce soir-là a été un défi, mais je voulais le faire et c'est pour cette raison-là que j'ai fait le choix de faire entendre ma voix en commençant. « Mourir. BOM, BOM. J'ai toujours voulu mourir. BOM, BOM. » La semaine précédente, j'étais dans un des moments les plus sombres de toute ma vie. BOM, BOM. Ce n'est pas à tout le monde que tu peux parler de suicide. BOM, BOM. Peu de gens sont prêts à avoir une vraie discussion, à écouter, réellement écouter, quelqu'un qui parle de suicide. BOM, BOM. Mais là, je m'adressais à des gens qui savaient de quoi je parlais, qui avaient tous ou presque tous eu à un moment plus ou moins récent la même envie que moi d'enfin en finir avec la vie. Ils m'ont juste écoutée. BOM, BOM. Dans un cercle de parole, il est convenu que la seule personne qui parle, c'est celle qui tient le bâton de parole (ou la plume, dans notre cas), mais quand j'ai parlé, tout le monde a crié en même temps BOM, BOM, « WE LOVE YOU! » BOM, BOM. Tout le monde en même temps a brisé la règle... par et pour l'amour. BOM, BOM. C'était beau. Puis on m'a demandé de parler de Grand Bison. Quand j'ai eu fini de parler, on m'a demandé de jouer. Le gars aux dreadlocks qui avait tenu un rythme de battement de coeur régulier et rassurant depuis l'ouverture du cercle, m'a remis les bâtons, et j'ai joué. BOM, BOM.


J'ai remis la plume à la personne suivante et les échanges ont continué, chaque personne apportant au groupe une nouvelle parcelle d'univers, élargissant avec chaque phrase notre propre univers. Des échanges d'une profondeur infinie. Puis une dernière personne a pris la parole et la fête a commencé. Un cercle de tambours au milieu duquel ceux et celles qui en avaient l'envie dansaient laissant leur corps s'exprimer par des mouvements intuitifs de la chanson créée par le rythme de chacun. D'autres continuaient à discuter en retrait, s'embrassaient dans un coin ou comme moi, étaient assis autour du feu, en silence, observant la scène devant eux, mais TOUS vivaient chaque parcelle du moment présent.


Puis je suis retournée dans mon sanctuaire avec Grand Bison. La soirée était finie.

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